Insight
République centrafricaine : l’énergie renouvelable, un levier pour la paix et le développement
En République centrafricaine, les énergies renouvelables, du solaire aux mini-réseaux, pourraient électrifier les zones isolées et renforcer la stabilité du pays.

En République centrafricaine (RCA), l’accès à l’électricité reste un luxe. Seules 15,7 % des personnes en bénéficient, et ce chiffre chute drastiquement en dehors de Bangui. Dans les campagnes et les zones périphériques, la quasi-totalité de l’énergie provient encore de la biomasse (bois, charbon), et les infrastructures électriques sont presque inexistantes.
Cette réalité n’est pas seulement un frein au développement : elle alimente aussi les inégalités régionales et les tensions, dans un pays marqué par des années de conflits.
L’énergie, un facteur de stabilité
Un meilleur accès à l’électricité pourrait contribuer à désamorcer certaines causes profondes d’instabilité. Les régions éloignées, souvent délaissées, pourraient ainsi rompre leur isolement et développer des activités économiques locales. Le potentiel solaire, particulièrement important dans le nord-est du pays, ouvre la voie à une production d’énergie décentralisée qui ne dépend pas des fragiles lignes de transport électrique.
Réduire la dépendance au diesel
La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA) illustre à elle seule les défis actuels. Elle représente près d’un quart de la consommation électrique nationale, mais 97 % de son électricité provient de générateurs diesel. Ce choix pèse lourdement sur les finances, la logistique et même la sécurité de ses opérations. Passer à l’énergie solaire avec stockage sur batteries permettrait de réduire ces contraintes, de limiter l’empreinte carbone et de sécuriser l’approvisionnement.
Des projets déjà en marche
Avec le soutien de la Banque mondiale, plusieurs initiatives voient le jour :
des mini-réseaux solaires à Bambari et Berberati,
un parc solaire de 25 MWc à Bangui, équipé de batteries,
un objectif d’électrification de 300 000 personnes, soit environ 5 % de la population.
Ces projets ne se contentent pas de produire de l’électricité : ils modernisent le secteur (compteurs prépayés, renforcement de l’entreprise publique ENERCA) et réduisent de près de 90 % l’utilisation du diesel dans les zones concernées.
Une stratégie à consolider
La MINUSCA vise à porter sa part d’énergie renouvelable à 8–9 % d’ici fin 2025. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont identifiés :
cibler en priorité les zones isolées comme Birao, Obo ou Bossangoa,
développer des partenariats public-privé pour sécuriser les investissements,
mutualiser les infrastructures entre bases onusiennes et communautés locales.
Le succès de cette transition dépendra d’une coordination étroite entre l’État centrafricain, les bailleurs internationaux et le secteur privé.
Vers une paix plus durable
L’énergie renouvelable ne règlera pas, à elle seule, tous les problèmes de la RCA. Mais elle peut en atténuer certaines causes, en réduisant les inégalités régionales, en soutenant l’économie locale et en renforçant la résilience des institutions. Dans un pays où l’électricité est rare, produire et distribuer de l’énergie propre n’est pas seulement un acte écologique : c’est aussi un investissement dans la paix.