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Filière lait au Cameroun : une production en progrès malgré un déficit persistant
Filière lait au Cameroun : production locale, déficit structurel, enjeux économiques et perspectives d’autosuffisance. Analyse claire d’un secteur agricole stratégique en mutation.

La filière lait au Cameroun connaît depuis quelques années une dynamique encourageante. Longtemps marginalisée et dépendante des importations, la production laitière nationale montre des signes d’amélioration, même si elle reste encore largement insuffisante pour répondre à la demande intérieure. Entre modernisation des élevages, politiques publiques volontaristes et défis structurels, état des lieux d’un secteur stratégique pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.
Un déficit structurel qui freine l’autosuffisance laitière
Le Cameroun consomme beaucoup plus de lait qu’il n’en produit. La production nationale annuelle est estimée entre 170 000 et 180 000 tonnes, alors que la demande dépasse les 300 000 tonnes. Ce déséquilibre structurel oblige le pays à recourir massivement aux importations, notamment de lait en poudre et de produits laitiers transformés.
Cette dépendance extérieure représente un coût économique important et expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux. Elle fragilise également les éleveurs locaux, confrontés à une concurrence de produits importés souvent moins chers.
Une filière portée par l’élevage traditionnel
La production laitière camerounaise repose majoritairement sur un élevage extensif, pratiqué par de petits producteurs, notamment dans les régions septentrionales et de l’Ouest. Les races locales, bien adaptées aux conditions climatiques, présentent toutefois un faible rendement laitier.
Les contraintes sont nombreuses : accès limité à l’alimentation animale de qualité, manque de services vétérinaires, faibles infrastructures de collecte et de conservation du lait. Ces facteurs limitent la productivité et entraînent d’importantes pertes après la traite.
Des politiques publiques pour relancer la production de lait
Face à ce constat, les autorités camerounaises ont engagé plusieurs actions pour moderniser la filière lait. Parmi les leviers mobilisés :
l’introduction de races bovines à haut rendement laitier afin d’améliorer la productivité
le développement de programmes d’insémination artificielle et d’amélioration génétique
le renforcement des capacités des éleveurs à travers des formations techniques
la structuration progressive de la chaîne de valeur, de la production à la transformation
Ces initiatives s’inscrivent dans une stratégie nationale à long terme visant à accroître fortement la production de lait et à réduire les importations.
Des résultats visibles mais encore insuffisants
Sur le terrain, les effets commencent à se faire sentir. Certains bassins de production enregistrent une hausse des volumes collectés et une meilleure organisation des producteurs. Des mini-laiteries locales voient le jour, facilitant la transformation et la commercialisation du lait frais.
Cependant, ces avancées restent inégalement réparties et insuffisantes pour combler le déficit national. Les infrastructures de collecte demeurent limitées, notamment en zone rurale, et le coût de l’alimentation animale continue de peser sur la rentabilité des élevages.
Enjeux économiques et sociaux de la filière lait
Le développement de la filière lait représente un enjeu majeur pour le Cameroun. Au-delà de la sécurité alimentaire, il s’agit d’un levier important pour :
la création d’emplois en milieu rural
l’augmentation des revenus des éleveurs
la valorisation des productions locales
la réduction de la dépendance aux importations
Une filière laitière plus performante pourrait également stimuler les industries agroalimentaires locales et renforcer l’économie nationale.
Quelles perspectives pour la filière lait camerounaise ?
À moyen et long terme, l’ambition affichée est de faire du Cameroun un pays largement autosuffisant en produits laitiers. Atteindre cet objectif nécessitera des investissements durables, une meilleure coordination entre les acteurs publics et privés, ainsi qu’une adaptation fine des modèles d’élevage aux réalités climatiques et socio-économiques du pays.
La filière lait camerounaise progresse, mais son développement reste fragile. Sa réussite dépendra de la capacité à concilier productivité, durabilité et inclusion des petits producteurs.