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Femmes et agriculture au Cameroun : pilier de la production, mais exclues de la terre et des décisions
Femmes et agriculture au Cameroun : malgré leur rôle central dans la production agricole, elles restent marginalisées dans l’accès à la terre, aux coopératives et aux revenus. Analyse des enjeux économiques et fonciers.

Au Cameroun, les femmes jouent un rôle central dans la production agricole. Elles cultivent, entretiennent les plantations, récoltent, transforment et organisent la main-d’œuvre. Pourtant, malgré cette contribution essentielle à l’économie rurale, elles restent marginalisées dans l’accès à la terre, à la gouvernance des coopératives et au contrôle des revenus agricoles.
Ce paradoxe structurel freine non seulement leur autonomisation économique, mais aussi le développement durable du secteur agricole camerounais.
Le rôle clé des femmes dans l’agriculture camerounaise
Dans les régions agricoles du Centre, du Sud et de l’Est, les femmes sont au cœur de la filière cacao, l’un des piliers de l’économie nationale.
Elles assurent :
Le travail de la terre
L’entretien des plantations
La récolte et le traitement post-récolte
La transformation des produits
L’organisation logistique et humaine sur le terrain
Plus largement, en Afrique subsaharienne, les femmes représentent une part majoritaire de la main-d’œuvre agricole, notamment dans la production vivrière. Leur travail soutient à la fois la sécurité alimentaire des ménages et les filières d’exportation.
Pourtant, cette contribution massive ne se traduit pas par un pouvoir décisionnel équivalent.
Accès à la terre au Cameroun : une insécurité foncière persistante
L’accès à la terre reste l’un des principaux freins à l’autonomie économique des femmes rurales.
Une large majorité des productrices vivent dans une situation d’insécurité foncière. Très peu disposent d’un titre de propriété officiel. Beaucoup exploitent des terres sans document formel, ce qui les expose à des risques permanents : perte d’exploitation, conflits familiaux ou communautaires, impossibilité d’obtenir des crédits agricoles.
Ce déséquilibre s’explique en partie par la coexistence entre droit écrit et pratiques coutumières, ces dernières favorisant historiquement les hommes dans la transmission et la gestion foncière.
Sans sécurité foncière, il est difficile d’investir durablement, d’améliorer les rendements ou d’accéder aux financements.
Femmes et coopératives agricoles : une gouvernance masculine
Les coopératives agricoles jouent un rôle stratégique dans la structuration des filières : accès aux marchés, négociation des prix, contrats commerciaux, certification.
Pourtant, les femmes restent largement sous-représentées dans les instances décisionnelles.
Elles participent activement à la production, mais sont rarement présentes :
Dans les conseils d’administration
Dans les postes de direction
Dans les négociations contractuelles
Cette absence des lieux de pouvoir limite leur capacité à influencer les choix économiques, les stratégies d’investissement ou la répartition des bénéfices.
Contrôle des revenus agricoles : une autonomie limitée
Même lorsqu’elles contribuent directement à la production du cacao ou d’autres cultures commerciales, les femmes ne contrôlent qu’une part minoritaire des revenus générés.
Les ressources issues de leur travail sont souvent affectées aux dépenses domestiques (alimentation, scolarité, santé), tandis que les décisions d’investissement ou d’accumulation de capital restent majoritairement masculines.
Ce déséquilibre entretient un cycle de dépendance économique et limite la capacité des femmes à constituer un patrimoine propre.
Double vulnérabilité des femmes autochtones
Certaines communautés rurales connaissent une situation encore plus critique.
Les femmes issues de groupes autochtones se trouvent souvent au bas de la hiérarchie économique locale. Elles cultivent des terres qui ne leur appartiennent pas, disposent de peu de contrôle sur les revenus et sont davantage exposées aux discriminations et aux violences.
Cette double marginalisation, en tant que femmes et en tant que membres de communautés minorisées, accentue leur précarité.
Règlementation internationale et nouveaux défis
La mise en œuvre des normes internationales de traçabilité, notamment dans la filière cacao, impose de nouvelles exigences techniques et administratives.
Or, une majorité de femmes productrices ne sont pas suffisamment informées de ces évolutions réglementaires. Sans accompagnement adapté, ces nouvelles contraintes risquent d’exclure davantage les exploitantes les plus vulnérables des circuits d’exportation.
Pourquoi l’égalité foncière est un enjeu stratégique pour le Cameroun
L’autonomisation économique des femmes rurales n’est pas uniquement une question sociale ou éthique. C’est un enjeu de performance économique.
Garantir un accès sécurisé à la terre, renforcer la participation des femmes dans les coopératives et améliorer leur contrôle des revenus pourrait :
Accroître la productivité agricole
Stabiliser les revenus des ménages
Renforcer la sécurité alimentaire
Réduire les inégalités structurelles
Le développement agricole durable du Cameroun passe nécessairement par une meilleure reconnaissance du rôle économique des femmes.
Vers une transformation structurelle ?
Des évolutions sont visibles : davantage de femmes jeunes s’impliquent activement dans la production et certaines gèrent désormais des superficies plus importantes qu’auparavant.
Mais les obstacles restent structurels : normes sociales, poids des traditions, faible sécurisation juridique, accès limité à l’information.
Le défi n’est pas de prouver que les femmes sont indispensables à l’agriculture camerounaise. C’est déjà un fait.
Le véritable enjeu est de transformer leur rôle productif en pouvoir économique réel.