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Chronique des années de braise : 50 ans après sa Palme d’or, un chef-d'œuvre africain revient au cinéma
Film culte du cinéma algérien, Chronique des années de braise, seule Palme d’or africaine, ressort en salles 50 ans après sa victoire à Cannes dans une version restaurée.

C’était il y a 50 ans. En mai 1975, pour la première fois, et jusqu’ici la seule, un film africain remportait la prestigieuse Palme d’or du Festival de Cannes. Le film s’appelait Chronique des années de braise. Il racontait la genèse d’une révolte : celle d’un peuple colonisé qui allait bientôt entrer dans l’histoire par la guerre d’indépendance.
Son réalisateur, Mohammed Lakhdar-Hamina, était algérien, libre, audacieux. En 2025, un demi-siècle plus tard, le chef-d'œuvre revient sur grand écran dans une version restaurée. Et il n’a rien perdu de sa puissance.
Un récit épique de la colonisation
Chronique des années de braise, c’est d’abord un film-monument. Plus de trois heures d’une fresque politique et humaine, découpée en six chapitres. Le spectateur y suit Ahmed, un paysan qui traverse les décennies sous domination française, dans une Algérie écrasée par l’injustice, la misère et la répression. Mais c’est aussi un peuple entier qui se lève, chapitre après chapitre, jusqu’à l’éveil révolutionnaire du 1er novembre 1954, date symbolique du déclenchement de la guerre d’indépendance.
Lakhdar-Hamina y montre les rouages de la domination coloniale, les expropriations, les humiliations, mais aussi la montée lente et irrésistible de la conscience collective. Loin d’un film de guerre, c’est un film de genèse, de résistance souterraine, de feu qui couve.
Une Palme d’or au nom de tout un continent
En 1975, Chronique des années de braise reçoit la Palme d’or, décernée à l’unanimité par un jury présidé par Jeanne Moreau. C’est la première (et toujours la seule) Palme décernée à un film africain. Un événement immense. Mais vite effacé, marginalisé dans l’histoire du cinéma mondial, malgré son ampleur visuelle et sa portée politique.
Pourquoi ? Parce que l’Afrique du Nord post-indépendance dérange, parce qu’un cinéma du Sud, populaire, anti-impérialiste, n’entre pas facilement dans les canons dominants du 7e art. La sortie du film en France fut même retardée de plusieurs années à l’époque, et il resta longtemps difficilement accessible.
2025 : une ressortie historique
En mai 2025, à l’occasion de Cannes Classics, le film fait son grand retour en version restaurée 4K. Le public cannois redécouvre une œuvre somptueuse, vibrante, à la fois tragique et lumineuse. Quelques semaines plus tard, il ressort dans les salles françaises, porté par l’émotion et la mémoire.
Cette ressortie prend un sens encore plus fort : Mohammed Lakhdar-Hamina est décédé en mai 2025, à l’âge de 91 ans. Ce retour en salles devient alors un hommage national et continental, saluant l’un des grands maîtres du cinéma décolonial.
Un film plus actuel que jamais
En ces temps de luttes mémorielles, de réappropriation de l’histoire par les peuples autrefois colonisés, Chronique des années de braise résonne avec force. Le film parle d’un peuple qu’on n’écoute pas, qu’on affame, qu’on nie. Et qui, pourtant, se relève, prend la parole et prend les armes.
C’est aussi une œuvre cinématographique d’une beauté rare, avec ses paysages désertiques magnifiés, ses visages en gros plan, sa musique poignante. Une fresque à la fois historique et poétique, dont l’héritage mérite d’être transmis aux nouvelles générations.
À voir absolument
Chronique des années de braise n’est pas un simple film restauré. C’est un morceau d’histoire africaine, une mémoire politique et un chef-d’œuvre esthétique. 50 ans après sa Palme d’or, il est plus que temps de lui redonner la place qu’il mérite.