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Burkina Faso : le coton, pilier économique, frappé de plein fouet par l’insécurité
Au Burkina Faso, la production de coton s’effondre de 26 % en un an sous l’effet des violences jihadistes et des infestations. Découvrez les causes, impacts et enjeux de cette crise économique majeure.

En l’espace d’un an, la production cotonnière du Burkina Faso a chuté de 26 %, passant de 386 794 tonnes en 2023 à seulement 286 623 tonnes en 2024. Ce recul brutal met en lumière une crise qui dépasse largement la seule sphère agricole : c’est toute une économie et des millions de vies qui sont fragilisées.
Une filière stratégique en déroute
Longtemps considéré comme l’« or blanc » du pays, le coton représente environ 4 % du PIB et 14 % des recettes d’exportation*. Près de 4 millions de Burkinabè dépendent directement ou indirectement de cette culture. Mais depuis plusieurs années, le secteur s’enfonce dans une spirale descendante : champs abandonnés, entreprises en difficulté, familles ruinées.
La peur chasse les cultivateurs de leurs terres
Dans l’est et le nord du pays, les attaques jihadistes contraignent les agriculteurs à fuir. Plus de 32 000 parcelles cotonnières ont été détruites en quatre ans dans certaines zones. À Fada N’Gourma, Socoma, l’une des principales sociétés cotonnières, produisait en moyenne 80 000 tonnes par an ; aujourd’hui, elle prévoit de licencier tous ses employés.
Pour Laurent Koadima, cultivateur depuis 20 ans, « le coton était une bonne affaire, les récoltes étaient bonnes ». Aujourd’hui, il peine à nourrir sa famille. Comme beaucoup, il a dû se tourner vers l’élevage ou le petit commerce pour survivre.
Un déclin aggravé par les aléas climatiques et sanitaires
Si l’insécurité est le principal facteur de cette chute, elle n’est pas seule en cause. En 2022, une infestation massive de jassides (Amrasca biguttula) a frappé toute l’Afrique de l’Ouest, détruisant 30 à 50 % des récoltes dans certaines régions. Les pertes cumulées sur plusieurs campagnes pèsent lourdement sur la capacité de reprise.
Des aides publiques insuffisantes
Le gouvernement burkinabè a débloqué 5 milliards de francs CFA (environ 9 millions de dollars) pour subventionner les semences, engrais et équipements. Mais face à l’ampleur de la crise sécuritaire et économique, ces mesures apparaissent comme des pansements sur une plaie profonde.
Une urgence nationale
La filière coton du Burkina Faso est aujourd’hui à un tournant. Sa survie dépendra d’une réponse coordonnée : sécurisation des zones rurales, soutien technique accru aux producteurs, lutte contre les parasites, et relance économique capable de restaurer la confiance des exploitants.
Car derrière les chiffres, il y a une réalité implacable : si l’« or blanc » disparaît, c’est toute une partie du pays qui perd son souffle économique.