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Afrique : près de 50 % des chefs d’entreprise sont des femmes mais la majorité restent dans l’informel
En Afrique, près d’une entreprise sur deux est dirigée par une femme. Un chiffre impressionnant, mais qui cache une réalité plus complexe : la plupart de ces entrepreneures exercent dans l’informel, loin des circuits de financement et de reconnaissance.

L’entrepreneuriat féminin, moteur discret de l’économie africaine
Sur le continent africain, les femmes n’attendent plus qu’on leur ouvre les portes de l’économie : elles les franchissent depuis longtemps. Selon une étude citée par Ecomnews Afrique, elles représentent aujourd’hui près de 50 % des chefs d’entreprise, avec une forte présence dans le commerce et l’artisanat, notamment au Bénin.
Ce dynamisme est un signal fort : malgré les obstacles, les femmes sont devenues des actrices essentielles de la croissance africaine. Mais derrière cette vitalité se cache une autre réalité : la majorité de ces entreprises évoluent hors du secteur formel, sans statut juridique, sans protection sociale, et souvent sans accès au crédit. Autrement dit, beaucoup de femmes africaines entreprennent, mais peu ont la possibilité de se développer durablement.
Le poids et les limites du secteur informel
Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, l’économie informelle représente une part majeure de l’emploi et du revenu. Pour les femmes, c’est souvent le seul espace accessible pour créer une activité, vendre, produire ou survivre. Mais c’est aussi une zone de fragilité. Sans reconnaissance légale, ces entreprises n’ont pas accès aux financements bancaires, aux programmes publics ou aux marchés officiels. Elles dépendent des aléas du quotidien et d’un bouche-à-oreille souvent limité à l’échelle locale.
Au Bénin, la plupart des entrepreneures interrogées expliquent n’avoir jamais pu obtenir de prêt, faute de garanties ou de statuts clairs. Le cercle est alors vicieux : sans formalisation, pas de financement ; sans financement, pas de croissance.
Des initiatives qui changent la donne
Partout sur le continent, des programmes voient le jour pour briser ce plafond de verre économique.
En République démocratique du Congo, plus de 20 000 femmes ont récemment été formées à la gestion et accompagnées pour accéder à un microfinancement.
Au Niger, des formations en marketing, gestion et entrepreneuriat ont permis à 173 femmes de transformer leurs activités artisanales en véritables micro-entreprises.
Et au Burkina Faso, des projets communautaires soutiennent l’autonomie économique des femmes déplacées et de celles issues de zones minières, longtemps marginalisées.
Ces initiatives montrent que lorsque les femmes disposent des bons outils, formation, appui financier, accompagnement. Elles deviennent des leviers puissants de développement local.
Des freins persistants à lever
Malgré ces avancées, les obstacles restent nombreux. L’accès au crédit demeure difficile : les institutions financières continuent de considérer les projets portés par des femmes comme plus risqués. À cela s’ajoute le manque de formation en gestion et en stratégie commerciale, qui freine la rentabilité et la structuration des activités.
Les contraintes sociales jouent également un rôle majeur. Dans de nombreuses sociétés, les femmes restent responsables du foyer, des enfants et des tâches domestiques, ce qui limite leur temps et leur mobilité. Enfin, l’accès à la technologie et aux marchés numériques reste inégal, alors qu’il constitue aujourd’hui un levier incontournable pour la visibilité et la croissance.
Un potentiel économique encore sous-exploité
Les études sont pourtant claires : les femmes entrepreneures africaines contribuent à hauteur de 300 milliards de dollars à la croissance du continent, environ 13 % du PIB africain. Elles représentent aussi près de 58 % des travailleurs indépendants, un record mondial.
Si ces femmes avaient les mêmes moyens d’accès au financement et à la formation que leurs homologues masculins, leur impact sur la croissance africaine pourrait être multiplié par deux. L’entrepreneuriat féminin n’est donc pas seulement un enjeu social : c’est un levier économique stratégique pour l’avenir du continent.
Un enjeu de société et de développement
Soutenir les femmes entrepreneures africaines, c’est investir dans un futur plus équitable et plus productif. Cela passe par la simplification de la formalisation des entreprises, la création de fonds d’investissement dédiés, l’accès à des formations de qualité et le déploiement d’outils numériques adaptés aux réalités locales. Mais surtout, cela suppose un changement de regard : reconnaître la valeur du travail des femmes, qu’il soit artisanal, commercial ou technologique, comme un pilier à part entière du développement africain.
En conclusion
Partout en Afrique, les femmes entreprennent, innovent, bâtissent et inspirent. Leur présence massive dans l’économie informelle ne doit pas être vue comme une faiblesse, mais comme une énergie en attente de reconnaissance. Si les politiques publiques, les banques et les institutions savent libérer ce potentiel, alors les femmes africaines ne seront plus seulement les piliers de l’économie locale, mais les architectes du développement continental.