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Afrique du Sud : 69 ans après la grande marche de 1956, les femmes toujours en première ligne
Le 9 août 2025, l’Afrique du Sud commémore les 69 ans de la Marche des femmes contre l’apartheid. Retour sur cet événement historique et les luttes féminines toujours en cours.

Pretoria, 9 août 2025. Il y a 69 ans, le 9 août 1956, des milliers de femmes sud-africaines défiaient le régime de l’apartheid dans un silence retentissant. Aujourd’hui encore, leur détermination résonne dans les rues de Pretoria.
Une date gravée dans l’histoire
Ce jour-là, près de 20 000 femmes, issues de toutes les communautés du pays, ont convergé vers les Union Buildings, siège du gouvernement à Pretoria. Elles venaient protester contre les “pass laws”, ces lois racistes qui obligeaient les personnes noires à porter des laissez-passer pour circuler dans leur propre pays.
Sous la bannière de la Fédération des femmes sud-africaines (FEDS W), des figures emblématiques comme Lilian Ngoyi, Helen Joseph, Sophia Williams-De Bruyn ou encore Rahima Moosa ont mené cette marche historique, remettant 14 000 pétitions exigeant l’abrogation de ces lois iniques.
Après une demi-heure de silence symbolique, les manifestantes ont entonné en chœur le chant devenu slogan de résistance : "Wathint’ abafazi, wathint’ imbokodo!" (« Vous frappez une femme, vous frappez un rocher. »)
Une mémoire vivante
Chaque année depuis 1995, le 9 août est devenu Journée nationale des femmes en Afrique du Sud. Une date pour se souvenir, mais aussi pour rappeler que les combats d’hier ne sont pas terminés.
En 2025, à l’occasion du 69e anniversaire de la marche, les commémorations ont pris une tonalité à la fois solennelle et militante. Des cérémonies officielles ont eu lieu à Pretoria, mais aussi des marches et rassemblements dans plusieurs villes du pays.
Le président Cyril Ramaphosa s’est adressé à la nation pour saluer le courage des femmes sud-africaines, passées et présentes, rappelant que « les luttes pour l’égalité, contre les violences faites aux femmes, la précarité économique et l’injustice raciale restent des priorités nationales. »
Des luttes toujours d’actualité
Si les lois de l’apartheid ont été abolies, les inégalités persistent. Les femmes, et en particulier les femmes noires, restent surreprésentées dans les statistiques du chômage, de la pauvreté, et des violences de genre.
Partout dans le pays, des collectifs féministes ont saisi cette journée pour dénoncer la lenteur des réformes, appeler à des actions concrètes contre les féminicides et soutenir l’émancipation économique des femmes.
Certaines ont aussi rappelé que la mémoire de 1956 ne doit pas être fétichisée, mais transmise, réactivée, et incarnée dans les luttes contemporaines : accès à l’éducation, respect des droits reproductifs, reconnaissance du travail invisible, justice pour les victimes de violences…
Héritage et inspiration
Le cri de ralliement de 1956, « Wathint' abafazi, wathint’ imbokodo », est aujourd’hui encore scandé dans les rues. Il figure aussi, gravé dans la pierre, sur le Monument aux femmes de Pretoria, un lieu de mémoire érigé en 2000, symbole de la force des femmes sud-africaines.
69 ans après cette marche silencieuse mais révolutionnaire, l’Afrique du Sud rend hommage à ses pionnières. Et dans leur sillage, des milliers de femmes continuent de faire entendre leur voix, de défendre leurs droits, et d’écrire l’histoire.